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Culture d'entreprise : le facteur oublié des rapprochements

Publié le

21.08.2026

/ Mis à jour le

21.08.2026

alexandre GONET dirigeant Acquitys
Alexandre GONET
Dirigeant, Acquitys
📌 En résumé : Dans une fusion-acquisition, la culture d'entreprise, c'est-à-dire les pratiques et les façons de travailler de chaque équipe, est l'un des premiers facteurs de réussite ou d'échec. Les études situent le taux d'échec des opérations entre 50 et 70 %, en grande partie pour des raisons humaines. Cette compatibilité culturelle se prend en compte tout au long de l'opération, du premier contact à l'intégration, et elle commence par la première rencontre entre dirigeants.

- La culture d'entreprise, ce sont d'abord des pratiques : comment on travaille, avec quelles méthodes, pour quelles finalités.
- Vouloir imposer ses méthodes trop vite démotive les équipes à intégrer et provoque des départs.
- En France, 81 % des dirigeants de PME ont envisagé une acquisition, mais seuls 34 % ont réussi (Bpifrance Le Lab, 2022).
- Tout commence par la rencontre humaine entre dirigeants.

Quand un rapprochement échoue, ou déçoit, on cherche d'abord la cause dans les chiffres : une valorisation trop élevée, des synergies surestimées. Pourtant, les études situent le taux d'échec des fusions-acquisitions entre 50 et 70 %, et pointent une raison qui n'a rien de financier. Elle est humaine. Deux entreprises solides sur le papier peuvent ne jamais réussir à travailler ensemble, simplement parce que leurs cultures ne s'accordent pas.

Dans les PME et les ETI, où la culture d'entreprise est la pierre angulaire, cette dimension pèse encore plus lourd. Et le point que beaucoup de dirigeants négligent, c'est qu'elle se prend en compte tout au long de l'opération, du premier contact jusqu'à l'intégration. Elle commence même par une chose simple : la rencontre entre les hommes, avant de parler chiffres. Les travaux de Nicola Mirc et Audrey Rouziès, chercheuses spécialistes du sujet et fondatrices de l'European M&A Institute, aident à comprendre pourquoi.

La culture d'entreprise, ce n'est pas un concept flou : ce sont des pratiques

On parle beaucoup de culture d'entreprise sans jamais vraiment la définir. Les travaux des deux chercheuses apportent une grille utile : la culture, ce sont d'abord des pratiques. La façon dont on travaille, les méthodes employées, les finalités visées. Ces pratiques sont la traduction concrète, au quotidien, des valeurs d'un collectif.

Dans une petite structure, ce socle compte double. Plus une équipe est réduite, plus sa culture soude les personnes et crée un sentiment d'appartenance. C'est ce ciment qui fait tenir l'ensemble. Et c'est au niveau très concret des façons de faire que se révèlent les écarts entre deux équipes appelées à fusionner. Quand ces pratiques divergent trop, les collaborations se grippent, les incompréhensions s'accumulent, et la démotivation s'installe.

Pourquoi une fusion peut démotiver les équipes

Le piège le plus courant vient souvent de l'acquéreur lui-même. En voulant imposer ses méthodes et son plan de synergies trop vite, il risque de démobiliser les équipes qu'il cherche justement à intégrer.

La mécanique est simple à comprendre. Demander à un salarié de changer sa manière de travailler, c'est bousculer le quotidien d'une personne qui, à force d'expérience, avait affiné sa propre façon de faire. Imposé brutalement et sans explication, ce changement peut donner le sentiment d'être dépossédé de son métier et de son savoir-faire. Le résultat est prévisible : perte de motivation, et parfois départs.

La leçon n'est pas de renoncer aux synergies, mais de les accompagner. Comprendre d'abord comment fonctionne chaque entreprise, puis expliquer ce que les nouvelles pratiques apportent concrètement, à l'organisation comme au salarié : montée en compétence, nouvelles perspectives. Le changement se prépare, il ne se décrète pas du jour au lendemain.

Les peurs des salariés de l'entreprise rachetée

Un rachat plonge les équipes de la société acquise dans l'incertitude, et l'incertitude nourrit des peurs. Les plus fréquentes sont attendues : conserver son poste, sa place dans la nouvelle hiérarchie, ses perspectives d'évolution. D'autres sont plus inattendues, comme l'inquiétude autour de l'emplacement de son bureau, un exemple très concret que soulignent les chercheuses.

Face à ces craintes, le rôle du dirigeant est déterminant, et il tient surtout à son exemplarité. Une communication précise, concrète et honnête rassure bien davantage qu'un discours trop lisse. L'enjeu n'est pas de survendre en permanence de bonnes nouvelles, mais d'aligner ses actes sur ses paroles. C'est cet alignement entre ce que l'on dit et ce que l'on fait qui installe la confiance et réduit l'inconfort du flou.

Faut-il harmoniser vite ou laisser du temps ?

Il n'existe pas de rythme idéal, et c'est justement le point clé. La vitesse d'harmonisation dépend de l'objectif poursuivi. Si l'acquéreur vise surtout un effet de taille, il peut avancer rapidement. S'il compte capitaliser sur le partage des savoir-faire, la patience s'impose.

Car même au sein de sociétés aux métiers similaires, les cultures professionnelles et organisationnelles peuvent être très éloignées. C'est un piège classique des rapprochements entre entreprises : on présume des convergences naturelles qui, en réalité, n'existent pas. Les tours de main d'un métier varient énormément d'une maison à l'autre. Tant qu'on n'a pas travaillé ensemble un certain temps, on mesure mal les écarts à combler. Selon les objectifs, cela peut prendre quelques mois comme plusieurs années.

Le sentiment d'appartenance, moteur des synergies

Si les synergies sont le but, le sentiment d'appartenance en est le carburant. Il maintient la motivation, freine le turnover et facilite la collaboration dans le temps, y compris entre des personnes qui ne se connaissent pas encore.

Plusieurs leviers le renforcent. Harmoniser les processus et mettre en valeur les bonnes pratiques de chaque entité. Veiller à des règles RH perçues comme équitables, car un salarié qui se sent lésé finit par se détacher du projet commun. Et surtout, favoriser les relations entre les personnes. La logique est simple et solide : plus on se connaît, plus on se fait confiance, et plus on s'investit dans un projet partagé.

Les intégrateurs de l'ombre : des alliés inattendus

Voici un angle que beaucoup de dirigeants négligent. Dans une entreprise en cours de fusion, certains salariés sans aucune responsabilité formelle se transforment spontanément en "intégrateurs". Le sujet les motive, alors ils tissent des liens entre les équipes.

Ces ambassadeurs discrets méritent d'être repérés et soutenus. Souvent, ce sont des personnes arrivées récemment, sans a priori sur le camp acquéreur ou acquis, qui considèrent tout le monde comme des collègues, sans distinction. On y pense rarement, mais recruter juste après une acquisition peut ainsi faciliter la fusion elle-même.

Tout commence par la rencontre entre "Humain"

Tous ces constats convergent vers une idée simple. La culture ne se traite pas seulement une fois l'opération signée. Elle se prend en compte tout au long du rapprochement, avant, pendant et après la négociation et le closing. Et ce fil rouge démarre bien avant les audits, dans la toute première rencontre entre les deux dirigeants.

Notre conviction chez Acquitys : nous misons sur l'Humain avant de parler chiffres. Avant d'entrer dans la mécanique de la valorisation et de la négociation, nous provoquons une vraie rencontre entre les dirigeants. Ce premier échange n'est pas une simple formalité de calendrier. Il donne à chacun une première perception, de ce que pourrait être le fait de travailler ensemble. Deux dirigeants qui se regardent d'abord en face, avant de regarder les comptes.

Cette rencontre ne remplace pas le travail d'intégration et ne prétend pas tout régler. La compatibilité culturelle se vérifie et se construit ensuite, dans la durée, au fil de la négociation puis de l'intégration. C'est un chantier qui appartient au dirigeant, parfois accompagné. Mais en plaçant l'humain en premier, nous offrons au rapprochement le meilleur point de départ possible.

La majorité des acquisitions de PME ne dépassent pas un million d'euros en termes de valorisation, et un projet sur cinq est abandonné en cours de route. À cette échelle, une opération engage lourdement le dirigeant, et le premier ressenti humain compte autant que le premier coup d'œil sur les comptes. C'est pourquoi notre mandat d'acquisition met la rencontre entre dirigeants au cœur de la démarche, avant même d'entrer dans les chiffres.

La culture d'entreprise n'est donc pas un sujet RH secondaire à traiter plus tard. C'est un facteur de réussite qui se prend en compte du premier contact jusqu'à l'intégration. Et tout commence par une rencontre entre les hommes, avant de parler chiffres.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la culture d'entreprise dans une fusion-acquisition ?

Ce sont avant tout les pratiques d'une entreprise : sa façon de travailler, ses méthodes, ses finalités. Ces pratiques traduisent les valeurs du collectif. C'est à ce niveau concret que se mesurent les différences entre deux équipes appelées à fusionner.

Pourquoi les fusions échouent-elles à cause de la culture ?

Parce que des pratiques trop divergentes rendent les collaborations difficiles. Quand l'acquéreur impose ses méthodes trop vite et sans explication, les salariés se sentent dépossédés de leur métier, ce qui entraîne démotivation et départs. Les facteurs humains figurent parmi les premières causes d'échec des rapprochements.

Comment évaluer la compatibilité culturelle avant une acquisition ?

La première étape est humaine : une rencontre directe entre les deux dirigeants, avant d'entrer dans les chiffres, donne un premier ressenti du feeling et des façons de voir. Ce n'est qu'un point de départ. La compatibilité se vérifie ensuite dans la durée, pendant la négociation puis l'intégration.

Sources : étude « La croissance externe » de Bpifrance Le Lab (enquête 2022 auprès de 668 dirigeants de PME) ; travaux de Nicola Mirc et Audrey Rouziès, fondatrices de l'European M&A Institute ; analyses sur les frictions culturelles dans les fusions-acquisitions (The Conversation).

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